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lundi 8 janvier 2007

Interdit aux chiens et aux Blondes

Puisque je n'ai pas grand chose à bloguer en ce moment, alors une petite 
chronique de Fouad Laroui s'impose.


Interdit aux chiens et aux Blondes 

Quand même, on vit une époque assez dingue. Il fut un temps - disons, de la chute de Constantinople jusqu’à dimanche dernier - où les choses étaient simples : être blanc, c’était bien ; être noir, moins bien ; et être arabe, c’était l’abomination de la désolation. Tout cela était un peu injuste, certes, mais comme c’étaient les types les plus forts qui l’affirmaient, il fallait bien les croire. Il y a un demi-millénaire, ces costauds disposaient d’arbalètes ; aujourd’hui, ils alignent dix mille têtes nucléaires, mais c’est tout comme : techniquement, ils ont une longueur d’avance sur nous, pauvres métèques, et nous sommes réduits à quia.

Pardonnez-moi ce préambule philosophique après lequel on va, curieusement, parler de football. Hier, j’étais assis dans les tribunes d’un stade ouvert aux vents pour voir le Sparta de Rotterdam battre l’arrogant Ajax d’Amsterdam par 3 à 0. Intense jubilation, certes, mais on n’est pas là pour parler de ça. On est là pour parler d’un incident qui m’a sidéré. À un certain moment, exactement à la 17e minute du match, le meneur de jeu d’Ajax, l’international Wesley Snijder, énervé par un tacle un peu trop appuyé d’un joueur de Sparta, se retourne et hurle :

- Sale Blanc !


Soyons clair : Snijder est aussi blanc et blond que, disons, Le Pen, et l’autre joueur aussi blanc et blond que, disons, Hermann Goering. Vous voyez Le Pen traiter Goering de sale Blanc ? Jugez de mon désarroi.

Où va le monde, hein ? On ne s’y retrouve plus. Franchement, il y a de quoi se présenter spontanément au Tribunal de Nuremberg, la corde au cou, et laisser les juges démêler l’affaire.

En vérité, le pâle Snijder utilisa une expression plus compliquée (« vuile witte tyfushond ») qu’on pourrait traduire par « Sale Blanc atteint du typhus des chiens », mais, pour ne pas effrayer les petits, on s’en tiendra à « sale Blanc ». Il semble d’ailleurs que l’étonnante injure ait été inventée dans le feu de l’action par l’imaginatif avant-centre auquel on peut donc prédire un avenir de poète après que sa carrière de footballeur aura pris fin.
En tout cas, l’arbitre n’hésita pas à sortir le carton rouge et renvoya le poète à ses études de chromatologie. Or - l’affaire se corse - ledit Snijder refusa de sortir au motif que « sale Blanc » n’était pas une injure raciste. Sale Noir/Juif/ Arabe/Tchétchène, OK, tout ça c’est du racisme, mais Blanc ? Juristes, à vos Dalloz ! Voilà un cas que Me Vergès lui-même n’a pas prévu. En tout cas, depuis hier, le débat fait rage au pays de Rembrandt - le maître du clair-obscur. Est-il répréhensible de se traiter les uns les autres de Blancs ? Et, tant qu’on y est, de Roses ? Tout le monde sait en effet que les Blancs - j’en compte parmi mes meilleurs amis - sont en fait roses.
Je crois qu’on assiste à la fin d’une époque. L’intrusion du footballeur Snijder dans nos consciences signifie peut-être la fin du racisme tel qu’on le connaît depuis les Croisades. Désormais, on est tous, quelque part, victime potentielle. Va donc, eh, sale Blonde aux yeux bleus… La fin de l’Histoire, annonçait Fukuyama. La fin de la Couleur, répond Snijder. Affolant !

Fouad Laroui
Source : Jeune Afrique

vendredi 22 décembre 2006

Joyeuses fêtes

En cette période de fêtes, et ce qui est extraordinaire c'est que c'est la fête pour beaucoup de monde, donc Aïd Moubarak, joyeuse Hanoucca, et joyeux noël pour tout le monde.








Et puisque c'est la fête, alors je vais poster exceptionnellement une petite chronique de fouad. Bonne lecture et surtout bonnes fêtes à tout le monde.

Le fils et le secrétaire

L’un des poètes les plus connus aux Pays-Bas s’appelle Mustapha Stitou. Il est devenu célèbre lorsqu’il a eu le privilège de lire un de ses poèmes devant la reine Beatrix et tous les corps constitués à l’occasion de cérémonies commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son poème s’intitulait Liberté, tout simplement.

Depuis, Mustapha Stitou est invité un peu partout pour lire ses poèmes, ce qu’il fait très bien. Il transforme ces lectures en une sorte de happening, avec des mimiques subtiles et un sens hallucinant du rythme, c’est très drôle et très convaincant.

Mais si je parle aujourd’hui de Mustapha, c’est qu’il m’a raconté une histoire assez émouvante. Depuis qu’il est tout petit, il n’a cessé de poser des questions à son père. Des questions à propos de tout, des questions sur les gens, sur la nature, sur lui-même. Or le père, en bon Marocain immigré de la première génération, est très pudique, très réservé. Il ne répond pratiquement à aucune question, il se contente de grogner pour marquer que telle ou telle interrogation est off limits.

Et puis le temps a passé, le père a pris de l’âge et le petit garçon est devenu jeune homme. Le poids des années s’est fait sentir sur le géniteur, qui n’a pas eu une vie facile. Après tout, il avait été sélectionné dans son village du Rif grâce à ses muscles et à sa bonne dentition. Il avait dû trimer dur pour gagner sa vie dans le Nord et y avait laissé une partie de sa santé. Bref, les visites chez le médecin sont devenues fréquentes. Et puisque le père ne parle pas un traître mot de l’étrange idiome des Bataves, il faut bien que son fils l’accompagnât. Idem en ce qui concerne les rendez-vous avec les organismes d’assurance, les caisses de retraite, les administrations diverses. À chaque fois, le fils porte un cartable porte-documents qui s’étoffe jour après jour, il parle au nom de son père, négocie, explique, traduit…

Cependant, le père reste toujours sur sa réserve. Lorsque le fils lui pose des questions sur sa jeunesse, sur sa vie, sur sa femme, ses pensées intimes, il se ferme comme une huître.

Et puis un jour, Mustapha a eu une idée de génie. Alors qu’après une énième visite dans une administration quelconque, il replaçait les documents de son père dans son cartable, il posa de nouveau à celui-ci une question sur sa jeunesse. Mais il ajouta immédiatement cette précision :

- Je ne te parle pas en tant que fils, mais en tant que secrétaire. Je suis aussi ton secrétaire, non ?

Le père est un peu surpris, il hésite un peu puis il se met à rire et il répond de bonne grâce à la question.

Depuis ce jour, les deux hommes jouent le jeu. Lorsque Mustapha veut savoir quelque chose sur le passé de son père, il prend soin d’attendre le moment où ils ne sont pas à la maison, où ils sont quelque part dans un bâtiment anonyme, en train d’attendre qu’un fonctionnaire veuille bien les recevoir. Mustapha agite son cartable, c’est une sorte de mot de passe qui signifie :

- Je te parle en tant que secrétaire.

Les apparences étant sauves, le père répond volontiers aux questions, même les plus intimes.

Comme quoi, dans un monde en voie de globalisation, où les enfants ont d’autres repères que leurs parents, il suffit parfois d’un jeu de rôle pour que la communication s’établisse. C’est la lecture optimiste de cette petite anecdote. Mais n’est-il pas étrange, et un peu triste, qu’il faille passer par une fiction pour arriver à la réalité ?

Source : Jeune Afrique

jeudi 21 décembre 2006

Nom de Dieu !

Je continue la série des chroniques de notre cher Fouad Laroui, la chronique d'aujourd'hui est extraordinaire. Elle met en scène Dieu, des protestants, des athées et des Marocains.

Nom de Dieu !

C’est une histoire assez bizarre qui s’est passée dernièrement à Amsterdam. Elle met en scène Dieu, des protestants, des athées et des Marocains. Ce n’est pas de la petite bière…

Depuis plusieurs années, la première chose que vous pouvez voir en sortant de la gare centrale d’Amsterdam, c’est un immense signe qui proclame : JÉSUS T’APPELLE ! Le soir, le signe s’illumine, ce qui est assez logique puisqu’on parle de la foi. En fait, il s’illumine surtout parce qu’il est entouré d’un filet de néon de couleur verte.

Jusque-là, tout va bien.

Mais voilà qu’un quidam s’énerve. Chaque fin d’après-midi, il revient de son travail, fatigué et somnolent, il sort de la gare, il lève les yeux machinalement et il reçoit en plein visage cette information qui a quelque chose de comminatoire : JÉSUS T’APPELLE !

Le quidam en question, appelons-le Hans, prend contact avec la mairie. Serait-il possible de faire enlever ce signe qui le plonge chaque fin d’après-midi dans une grande nervosité métaphysique ? Non, répond la mairie. Une association de propagande religieuse a loué la façade et elle a le droit d’y écrire ce qu’elle veut. Soyons logique - c’est toujours la mairie qui parle - : si on a le droit d’intimer au passant l’ordre de boire du Coca-Cola ou de manger des hamburgers, ce serait quand même le comble si on ne pouvait pas lui suggérer de penser aux nourritures spirituelles. Au moins, elles ne font pas grossir.

Hans commence à s’énerver.

- Et pour combien de temps ces évangélistes ont-ils loué ce mur ?

Il a en effet l’espoir que tout cela ne durera plus très longtemps. Mais on lui répond qu’il s’agit d’un bail emphytéotique, c’est-à-dire d’une durée très longue, quelque chose comme 99 ans.

- Curieux, enrage Hans. Après tout, on sait depuis saint Paul que la fin est proche. Ces religieux ne croient-ils pas en leurs propres textes sacrés, qui donnent l’Apocalypse pour demain ?

La mairie, qui a d’autres chats à fouetter, raccroche.

Le lendemain, revenant fourbu du turbin, Hans est de nouveau accueilli par JÉSUS T’APPELLE ! Comme la nuit est tombée précocement - l’hiver approche -, le néon vert est allumé et tout cela clignote en lettres gigantesques. Hans a l’impression qu’on se moque de lui. Il voit rouge. Littéralement. Il commande quelques mètres de néon rubicond et, avec l’aide d’un copain bricoleur, il confectionne un signe gigantesque qu’il fixe sur la façade de son propre appartement. Le signe proclame : DIEU N’EXISTE PAS ! Les voyageurs qui sortent de la gare centrale ont maintenant sous les yeux deux thèses assez difficiles à concilier : en vert, JÉSUS T’APPELLE ! et en rouge, DIEU N’EXISTE PAS ! Faites vos jeux.

Les Néerlandais sont le peuple le plus démocratique du monde. Tu dis ceci, je dis le contraire, et alors ? Personne ne proteste et la vie est sur le point de reprendre son cours tranquille, après le coup de sang de l’ami Hans.

C’était compter sans les Marocains.

Les Marocains, c’est bien connu, aiment que les choses soient claires. Mille ans de makhzen, ça laisse des traces. Ceux d’entre eux qui lisent le néerlandais n’arrivent pas à comprendre que la ville, c’est-à-dire le makhzen hollandais, leur envoie par façades interposées un message aussi contradictoire. Du temps que seul JÉSUS T’APPELLE ! existait, on pouvait tolérer l’apostrophe. Jésus, c’est le prophète Issa, on l’aime bien, il est aussi un peu des nôtres. Mais que dit la façade voisine ? DIEU N’EXISTE PAS ? A’oudou billah ! Mais c’est un scandale !

Cette fois, ce n’est pas un Hans, mais cinquante Driss, Rachid et Mohamed qui appellent la mairie.

- À chaque fois qu’on sort de la gare, y a un néon rouge qui nous agresse !

La mairie essaie de raisonner :

- Les deux signes, le vert et le rouge, se compensent et s’annulent, non ?

- Non, répond Driss, rugit Rachid, marmonne Mohamed. Le vert voulait faire de nous des chrétiens. Le rouge veut faire de nous des athées. C’est donc que ça se dégrade ! La situation devient intolérable.

La mairie est très embêtée. D’un côté, il faut respecter la liberté d’expression, on ne peut pas exiger des évangélistes et de Hans qu’ils décrochent leurs slogans. Mais il ne faut pas non plus braquer les Marocains, qui sont prompts à s’énerver. Coup de génie de la mairie : elle offre une façade aux Marocains. À côté de en vert, JÉSUS T’APPELLE ! et en rouge, DIEU N’EXISTE PAS ! ils peuvent annoncer à la foule ébaubie tout ce qu’ils veulent.

On en est là. Les Marocains sont en train de réfléchir à leur slogan. Dans la fièvre des premiers jours, ils hésitaient entre LA ILLAHA ILLA ‘LLAH ! et divers versets du Coran. Puis, s’étant calmés et se rendant compte qu’ils disposent d’une immense façade gratis pour 99 ans, quelques restaurateurs commencent à penser à MANGEZ MAROCAIN ! ou BUVEZ DU THÉ À LA MENTHE !

Je vous tiendrai au courant…

vendredi 15 décembre 2006

La complainte du Marocain offshore

Amis internautes, je suis un lecteur de Jeune Afrique et ma rubrique préférée est le « Post Scriptum » du « grand » Fouad Laroui. Fouad arrive à me voler des sourires, voire des éclats de rire en prenant le métro parisien. Je vous vois venir, vous allez me dire comment peut-on rire lorsqu'on prend cette maudite ligne 1 du métro parisien qui nous amène tout droit vers le lieu du travail à la Défense qui soit dit en passant n’est pas le meilleur endroit où on a envie de s’amuser, et surtout le Lundi matin ou tout le monde fait la tête. A propos, je ne comprends pas pourquoi beaucoup de personnes sont-ils fâchés avec le sourire ? A la rigueur je peux comprendre qu'aller travailler n'est pas tout ce qu’on fait de plus enthousiasmant, d’ailleurs connaissez vous l'étymologie du mot "travail" ? Selon Wiktionary, travail vient du latin tripalium, «instrument de torture à trois poutres» !

Oh là, je suis venu pour parler de Fouad Laroui, et je me retrouve en train de philosopher sur le travail, et puisque je ne suis qu’un simple citoyen, fils d’un papa qui n’a pas été trop malin pour récolter une fortune et m’éviter de prendre le métro tous les jours, alors bouche cousu. Et comme dirait un « intellectuel français » de prestige qui fait de la musique pendant son temps perdu, monsieur Pascal Sevran, mon père passait son temps à « copuler à tout va » (sic). Après tout, mon père n’est qu’un africain !

Vous l’avez bien compris, je n’ai pas envie d’avoir de soucis avec Sarkozy (je n’ai qu’une carte de séjour de 10 ans), donc amis internautes travaillez, le travail est très bien pour votre santé, vous avez qu’à aller à la Défense pour le constater, ils sont tous en costume cravate avec les joues toutes roses (sauf les vrais informaticiens, nous adorons les pulls et les Jeans, c’est pratique pour aller dans les salles machine, et en plus faire de l’Informatique n’est pas du travail, on adore ça). Cela dit, il existe quelques citoyens rebelles qui prennent le risque de dire du mal du travail, je vous jure que ça existe et vous pouvez le vérifier par votre propre « clic de souris » sur cette page sympathique tripalium au chagrin.


Tout ça pour dire qu'il vaut mieux aller vers "les trois poutres" en ayant le sourire, et pour avoir le sourire Fouad Laroui est là pour remplir cette mission délicate. Le grand souci sur cette maudite ligne, il n’y a même pas de bébés qui soit dit en passant sont une seconde source de joie. On arrête les conneries, on est des blogueurs extrêmement sérieux ici, Fouad est un économiste et écrivain marocain. Il a l'art d'aborder les problèmes (aye, on en a un bon paquets) des maghrébins avec de l’humour, son personnage principal est toujours un marocain, mais ce marocain symbolise le maghrébin par excellente. Ses analyses sont toujours pertinentes, et très pointues. Quelques grincheux y voient un acharnement sur le « marocain », ou quelqu’un qui lave le linge sale en public. Mais, croyez moi, monsieur Fouad Laroui est le meilleur chroniqueur que le Maghreb ait enfanté.

J'ai trop parlé, ce message est le premier d'une série de chroniques de Fouad, ne vous inquiétez pas, elles sont sauvegardées chez moi, et je vais faire comme Schéhérazade des milles et une nuit, vous les aurez au compte-gouttes, histoire de faire durer le plaisir. Ami internaute, je vous souhaite une bonne lecture.


La complainte du Marocain offshore

Il n'y a pas une communauté marocaine à l'étranger, il y en a cent, il y en a mille, autant que d'individus en somme.

Quel rapport entre ce golden boy de la City qui a touché l'an dernier le plus fort bonus du temple de la finance et ce vieil homme qui végète à Bruxelles grâce à l'aide sociale ? Quel rapport entre ce tennisman polyglotte, toujours entre deux avions, et la Rifaine recluse à vie dans un deux-pièces de Hambourg ? Alors parlons de l'individu, né au pays de l'arganier et qui traîne sa bosse de par le vaste monde. Au cours des vingt ou trente dernières années, sa condition a considérablement changé. Il fut d'abord invisible, victime d'un malentendu. À Taiwan, à Kuala-Lumpur, il déclinait sa nationalité, Moroccan, on lui demandait des nouvelles de la princesse.

- Quelle princesse ?

- Grace, bien sûr.

Ces Asiatiques insultants ne connaissaient que Monaco. Bah, vu de Séoul, c'est tout près.

Arriva Khomeiny. Il dut partout jurer qu'il n'était pas fils d'ayatollah. Puis il fut compatriote d'Aouita. Un Américain, à Fort-Lauderdale, début des années 1980 :

- Morocco, yes, I know, the country of that great guy, heu, Owita, Yoweta, Ayuta ?

Quelques années plus tard, il eut à subir les touristes qui avaient « fait » son pays.

- Vous êtes marocain ? Ah, Ouarzazate, quelle splendeur... Mais les toilettes étaient bouchées !

Il affirma n'avoir jamais mis les pieds à Ouarzazate et ne rien comprendre à la plomberie.

À Amsterdam, il se présenta, on lui réclama du kif, lui qui n'avait jamais fumé ne serait-ce qu'un mégot de Favorite. À Oslo, on le félicita d'être compatriote de Zidane, ce qui était doublement faux, mais un compliment fait toujours plaisir et il l'accepta avec grâce.

En 1999, un peu partout en Europe, on lui serra la main avec effusion, tout le monde trouvait le jeune roi très sympathique. Il hochait la tête, se découvrant soudain démocrate et libéral, bien vu par tous, lui qu'on avait traité de féodal dans toutes les fêtes kabyles de ses années d'étudiant à Paris.

Le 11 septembre 2001 lui tomba sur la tête, il se réveilla suspect. Enlève tes chaussures et passe tout entier dans le scanner, espèce de graine de terroriste. Z'êtes quoi, vous, afghan, saoudien ?

- Marocain.

- C'est tout comme.

Il eut comme un sursaut. Non, ce n'est pas tout comme ! Nous avons une histoire millénaire, des paysages somptueux, des gens compliqués, des animaux simples, et l'arganier, n'oublions pas l'arganier !

Mais il se tut et ôta ses souliers. Le Marocain offshore se retrouva nu-pieds, comme les enfants de son douar natal. Afin qu'il n'oublie pas d'où il venait.

FOUAD LAROUI
Source : Jeune Afrique